« Planté comme un privé au fond de la ville » chante le groupe Asphalt Jungle en 1977. Le nom du groupe de Patrick Eudeline fait référence à Quand la ville dort, The Asphalt Jungle en anglais américain : un film noir de John Huston avec Sterling Hayden sorti en 1950 et adapté du roman éponyme de William Ryley Burnett publié en 1949. On touche à tout ce qui fait le charme des fictions policières avec l’exploration underground d’une ville et le cambriolage d’une bijouterie qui n’est pas sans petits accrocs. Étrangement, le nom commun « Asphalte » est l’un des plus usités des littératures policières. Peut-être parce que cet asphalte est sans cesse arpenté par les flics et les voyous. Peut-être parce que la gomme des pneus des voitures qui démarrent à toute vitesse y laisse sa marque. Peut-être parce que les personnages qui traversent les fictions policières mordent souvent le goudron !  Je vous propose de retrouver ici tous les extraits des romans que je lis et qui mettent l’asphalte sur le devant de la scène…

Couverture du roman Le Bikini de diamants« Mais on s’attend à la retrouver d’une minute à l’autre. Les chiens font leur quatrième passage dans la vallée, ils ont flairé sa piste. D’après mes calculs, ça va faire environ vingt-sept kilomètres. Elle était pieds nus et elle avait encore jamais marché sur autre chose que de l’asphalte, alors tout prête à croire qu’ils doivent plus être bien loin de la rattraper. »
Charles Williams , Le Bikini de diamants (Gallmeister, « Totem Noir » n° 87, p. 210)

 

Couverture de Ma ZAD« Tout le monde évoquait un truc genre Toyota, déjà installé plus loin, vers Valenciennes, pas loin de l’Escaut. Et tout le monde savait que ça voulait dire la mort bétonnée d’autant de zones humides avec leurs milliers de salamandres, de crapauds et de mignonnes petites fleurs des champs. Sans parler de la destruction de fermes et de familles de fermiers installés depuis trois siècles sur le site. Trois raisons de boire Contrex.
Sans parler des milliards de camions qui me passeraient sous le nez, rasant les murs de ma fermette et bousillant l’asphalte de ma petite route qui sent la noisette, le musc et le benjoin. »
Jean-Bernard Pouy, Ma ZAD (Gallimard, « Série Noire », p. 48)

 

Couverture du Mystère Croaton« La pluie redouble, rebondissant maintenant sur l’asphalte. Carmela cherche le refuge d’une corniche tout en voyant le peintre traverser la rue en courant et se diriger le plus naturellement du monde vers une automobile rouge parmi les nombreux véhicules.  Elle se demande si, par hasard, Nico s’est garé aussi près. Mais après l’avoir vu dresser ses larges épaules face à la portière, elle entend l’alarme se déclencher. »
José Carlos Somoza, Le Mystère Croatan (Actes Sud, « Lettres hispaniques », p. 87)

 

Couverture du Docteur Jivago« Komarovski tambourinait sur la vitre, au rythme du pas des chevaux qui faisaient nonchalamment claquer leurs sabots sur l’asphalte du passage. « Lara » – murmurait-il en fermant les yeux, et il voyait la tête de la jeune fille reposant dans ses mains, endormie, les cils baissés, ne sachant pas que quelqu’un la regardait des heures durant sans pouvoir dormir. »
Boris Pasternak, Le Docteur Jivago (Gallimard, « Folio » n° 79, p. 66)

 

Couverture de Sans lendemain« Nous arrêtâmes de parler et le seul bruit que nous entendions était le bourdonnement des roues sur l’asphalte. »
Jake Hinkson, Sans lendemain (Gallmeister, « Neo Noire », p. 188)

 

Couverture de Indomptable« En chancelant, il avança jusqu’à l’artère principale du quartier, une avenue délabrée à l’asphalte troué. Il s’appuya au mur d’un immeuble centenaire pour soulager sa vessie. »
Vladimir Hernández, Indomptable (Asphalte, « Fictions », p. 209)

 

La Vierge au sac d'or« Ce n’était pas le traînement mou d’une pantoufle à semelle de feutre, comme celles que portait Martha ; c’était le heurt sec et dur d’une semelle et d’un talon de cuir. Ce n’était pas dehors, sous la fenêtre ouverte, un crissement sur l’asphalte. C’était le son moins métallique du cuir sur le bois, à l’intérieur de ces murs épais, dans l’escalier, devant la porte de ma chambre. »
Helen McCloy, La Vierge au sac d’or (Gallimard, « Série blême » n°10, p. 187)

« Derrière se trouvait une autre allée transversale, bordée d’un côté par des bennes à ordures trop pleines et de l’autre par les façades arrière de deux immeubles d’habitation. Sur le côté nord, rien d’autre qu’un carré d’asphalte fracturé, séparé de la rue par une clôture en grillage envahie de mauvaises herbes et de détritus. »
Sean Doolittle, SaveMore (Rivages, « Rivages-Noir » n°779, p. 46)

« Une lumière sur l’antenne de l’Empire State Building a clignoté à mon attention. Une femme a tiré sur sa jupe. Mes pieds ont quitté le parc pour retrouver l’asphalte de la ville. New York m’attendait. »
Arun Krishnan, Indian psycho (Asphalte, « Fictions » p. 37)

 

« Ramounet l’embrassa sur le front et lui donna les clefs de la camionnette, une Vanette bleue à la tapisserie toute déchirée et au plancher rouillé, avec des trous laissant voir l’asphalte défiler sous les pieds. Puis, l’air solennel, il mit l’enveloppe dans sa poche et à Dieu vat. »
Ramon Erra, Far west gitano (Asphalte, « Fictions » p. 20)

« Toutes ces enseignes réunies baignaient l’asphalte d’une fausse lumière de jour. Un vendeur de journaux mit dans la main de Basil un exemplaire du journal du lendemain, et ce fut à cette triste lumière artificielle qu’il vit le grand titre de première page. »
Helen McCloy, Le Miroir obscur (J’ai lu, « Roman policier » n° 1430, p. 116)

« Il y a tout le temps des clochards qui meurent de froid et des accidents de voiture à cause du verglas, qui forme une pellicule sur l’asphalte et ne fondra pas avant le premier jour du printemps, lorsque l’oiseau le plus téméraire de mars osera déchirer l’hymen du smog. »
Aníbal Malvar, Comme un blues (Asphalte « Fictions », p. 11)

« Sur le parking de l’hôpital, Binder était assis au volant du véhicule. Il avait l’impression d’attendre depuis une éternité. Le soleil était brûlant à travers le pare-brise. Il alluma une cigarette au mégot de la précédente, se pencha vers le rétroviseur. Il vit Corrie revenir, il entendit ses talons marteler l’asphalte. Elle monta près de lui. »
William Gay, Petite sœur la mort (Le Seuil « Cadre noir », p. 247)

« La collection de motos de Walt était constituée de neuf des plus incroyables et des plus beaux spécimens ayant jamais mordu l’asphalte des routes américaines et européennes. Parmi eux, sa première acquisition, une Vincent Black Shadow de 1949. C’était sur ce modèle qu’il avait débarqué pour la première fois sur le gravier menant à ce qui s’appelait à l’époque l’Oasis Cafe, sa jeune épouse coréenne agrippée à sa taille fine ; il avait vingt ans, elle en avait seize et ne parlait pas un seul mot d’anglais. Ils avaient acheté l’endroit l’année suivante, en 1953. »
James Anderson, Desert Home (Belfond, p. 12)

« Afin de tenir à quatre dans la Coccinelle, ils durent empiler sur leurs genoux les paquets de pâtes et de biscuits. Tandis qu’ils roulaient à toute allure, Franco s’amusait à jeter les paquets par la fenêtre, les spaghettis éclataient sur l’asphalte. Il parlait de la situation politique. La civilisation occidentale était en état de siège. Les communistes allemands pleuraient leur martyr Dutschke. Les communistes français avaient contraint de Gaulle à convoquer de nouvelles élections. Partout des barricades, des heurts. Des drapeaux rouges qui flottaient au vent. ‘Sous la menace asiatique, nous deviendrons tous pareils, des hommes sans visage, oubliés des dieux.’ »
Alberto Garlini, Les Noirs et les rouges  (Folio « Policier – Roman noir » n° 820, p. 151)

« Une petite harde de voitures abandonnées, dont une vieille Henry J grenat et une Dodge Charger relativement récente mais salement cabossée, paissait plongée jusqu’au jarret dans le sorgho d’Alep et autres herbes folles, orbites énucléées de leurs phares rêvant de Pégase et de pointes de vitesse sur un ruban d’asphalte. »
James Crumley, Le Dernier baiser (Gallmeister « Noire », p. 17-18)

« L’homme releva la tête à l’heure où le jour sombrait. Des gouttes d’asphalte sur son visage, à demi. Dans sa tête, le bluesman Robert Johnson, à presque un siècle de distance, disait sa rencontre avec le diable. L’homme pensa que lui aussi avait rencontré l’un ou l’autre. »
Franck Bouysse, Vagabond (La Manufacture de livres « Territori », p. 9)

 

« Le regard de Bill passa du véhicule accidenté à l’animal. Une demi-heure plus tôt, le jeune orignal était descendu des hauteurs, suivant peut-être la piste odorante de la mousse sur les troncs, s’arrêtant au bord d’un ruisseau au lit bourbeux, et maintenant il était là, en train de ramper sur ce petit ruban d’asphalte, parmi ces hommes, ces femmes et ces enfants qui n’étaient rassemblés que pour le voir à terre. »
Christian Kiefer, Les Animaux (Albin Michel « Terres d’Amérique », p. 18)

« Des quatre CRS qui la portent, deux lâchent en même temps le corps de la journaliste qui se ramasse sur l’asphalte. Montant fait volte-face et considère Pandora quelques secondes. Celle-ci est en train de reposer calmement le canon de l’arme sur sa temps. »
Sébastien Gendron, Révolution (Albin Michel, p. 242)

« Après avoir à nouveau caressé les cheveux soyeux couleur paille, il prit congé, inspectant l’espace vacant à l’endroit où le shérif était garé l’instant d’avant. Il descendit la route, priant pour que ses pieds ne forment aucun sillage sur l’asphalte, tandis qu’il cheminait vers le boulot, photo à la main, ses pas ne laissant pas la moindre trace de son poids sur le sol. »
Joe Meno, Le Blues de La Harpie (Agullo « Agullo fiction », p. 163)

Soleil rouge, de Matthew McBride« Le vieux pick-up Chevrolet vibra lentement, mais finit par démarrer, et Jerry Dean écrasa la pédale d’accélérateur. Les soupapes cliquetèrent quand le camion s’éloigna du bois et remonta sur l’asphalte. Jerry Dean embraya, passa en seconde, le véhicule hors d’âge cracha et toussa, puis se mit à rouler comme doit le faire une bonne Chevrolet.
Matthew McBride, Soleil rouge (Gallmeister, « Néo Noire », p. 28)

« Il ne broncha pas en apercevant du coin de l’œil, sur l’asphalte noir et luisant du carrefour, les reflets d’une paire de feux rouges et d’une voiture blanche qui roulait au pas. »
James Grady, Les Derniers jours du Condor (Rivages, « Rivages-Noir » n°1027, p. 19)